L'histoire du projet
D’une démarche individuelle…
Le projet porté par RECITS est d’abord né d’un parcours et d’une réflexion, celui et celle de Marie D’Hombres, 35 ans, de formation socio-anthropologue et diplômée en sciences politiques, ayant travaillé au sein d’une collectivité locale, dans le monde associatif puis en bureau d’études dans les secteurs de l’insertion sociale et de l’évaluation.
Sa pratique professionnelle a toujours été marquée par l’écoute et l’empathie. Au cours de ses différentes enquêtes, études et évaluations,elle apprécie particulièrement les séances d’entretiens collectifs ou en tête à tête : écouter, poser des questions, prendre des notes, s’imprégner peu à peu de la vie de l’interlocuteur, mettre en mots ses doutes et ses angoisses, vivre ses joies, appréhender le sens de ce qui est dit, sentir s’ouvrir un univers affectif et comprendre de l’intérieur ses attitudes, ses comportements, ses valeurs et ses idées. Ces moments d’intimité consacrés au récit et à l’expression de Soi lui ouvrent à chaque fois les portes d’un monde nouveau dans lequel elle se plonge avec délices. En travaillant à l’étranger puis en France avec des publics migrants et tsiganes, elle éprouve la nécessité d’une telle approche dans les situations interculturelles, qui sont souvent marquées par une forte altérité et donc par le malentendu, la méfiance, l’interprétation parfois abusive du comportement de l’autre.
Parallèlement à son travail, elle est conduite à s’interroger sur sa propre histoire de famille d’abord pour comprendre ses questionnements, ensuite pour mieux se situer dans sa vie sociale, professionnelle et familiale, enfin pour transmettre elle-même cette histoire à sa descendance : « N’ayant pas connu mes grand-parents, je me rendais compte que je ne connaissais rien de leur vie. Or cette vie était aussi celle d’une partie de la France au 20 ème siècle. Il me semblait qu’avec l’accroissement du nombre de décès des personnes ayant vécu cette période, c’était l’Histoire qui s’éteignait. Bien sûr elle est dite à l’école, elle figure dans les livres, notamment sous forme d’événements, de dates et de faits. Mais rien ne vaut l’histoire racontée à travers la vie d’une personne, d’autant plus lorsqu’une partie de nous est issue de cette personne. Ainsi ai-je commencé à interroger mes propres parents. Beaucoup d’informations étaient déjà oubliées. De plus, ne vivant plus (comme beaucoup d’autres) dans la maison de mes ancêtres, je ressentais d’autant le manque de biographies dans ma famille. »
Au cours de ses séjours en Islande, où elle est amenée à vivre pour des raisons personnelles, elle constate la présence de biographies familiales sous forme de livres, transmises de génération en génération, ainsi que la tenue précise des généalogies familiales, alimentées à chaque génération depuis plus de 1000 ans.
C’est ainsi que peu à peu mûrit l’idée de se consacrer aux récits de vie afin de mettre ses compétences d’écoute et d’écriture au service d’une nécessité symbolique essentielle : dire et transmettre.
Rapidement, la mise en place de projets de quartier (Montpellier, cité « Le petit Bard ») et de projets socio-culturels (« Chroniques migrantes » sur le troisième arrondissement marseillais) a fait sentir la nécessité d’un collectif à même de porter la responsabilité morale, juridique et financière de telles actions afin de pouvoir mener de véritables démarches de développement local et de nourrir ces projets par du débat collectif. Le choix a donc été fait d’inscrire l’activité dans le champ associatif et de constituer un collectif de personnes ayant intérêt et compétences dans ce domaine.
… à un portage collectif
L’association Récits, déclarée en avril 2006, s’est d’abord constituée avec un petit bureau de trois personnes proches de Marie d’Hombres et sensible à la démarche.
C’est dans le cadre de la formation de Marie d’Hombres au sein de la structure d’appui à la création d’activités InterMade puis de son hébergement en couveuse que la forme associative s’est imposée de façon logique. Celle-ci lui permettait notamment, dans la lignée de son parcours et de ses sensibilités, de s’associer avec d’autres personnes et construire des projets communs, de solliciter des financements publics et privés sur des projets d’utilité sociale
Avec le temps, il est apparu plus judicieux de lui donner une vie collective réelle, dans la mesure où le financement de projets d’utilité sociale appelait la nécessité de débats, de conseils et d’un partage de responsabilité. Le Conseil d’administration a donc été élargi à 6 nouveaux arrivants dont les sensibilités, les compétences et les champs d’activité se rapprochent de ceux de Récits : ethnologie, sociologie, histoire du côté des formations ; recherche en ethnologie, développement local et accompagnement des projets d’habitat social urbain, écriture du côté des domaines d’activités.
Aujourd'hui, l'association Récits compte deux salariées.